Echappée Belle 2016

Janvier. On se lance le défi de l’année : faire l’Echappée Belle en relais, 2 relais des Jeux de Mots Laids qui devaient se tirer la bourre dans Belledonne pour arriver avant l’autre. Les paris étaient lancés, les pronostics engagés et la guerre psychologique entre le relais Alaïs/Antoine et Erwan/Mathias avait atteint des sommets!

L’Echapée Belle, par rapport à l’ut4m, c’est la même chose en remplaçant tout ce qui peut être roulant par des gros raidillons à monter et descendre dans les cailloux. Du coup c’est plus une grosse marche qu’un trail, et ça passe par des endroits super hauts/beaux/inaccessibles. Mais malheureusement, à cause de l’irréductible tendinite gauloise de Mathias, on ne sera finalement que trois à courir : Alaïs et Antoine sur le relais du 144km, et Erwan, rapatrié sur le 85km solo.

Comme on est avant tout une équipe Mathias viendra faire notre assistant de luxe sur toute la course !

Mais compétition oblige on lancera de nouveaux paris: qui de Antoine ou Erwan fera le meilleur temps sur la partie des 85km? 😉

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Alaïs :

C’est dans des dispositions un peu particulières que je me lance sur l’Echapée Belle, cette course devait être mon (notre) objectif de l’année, mais je me retrouve finalement inscrite sur le Raid in France (qui débute 6 jours plus tard!).

Je suis donc partagée entre l’envie de tout donner car mon binôme Antoine compte sur moi et le fait de me préserver en vue de la semaine qui suit. C’est dans cette ambivalence de sentiments et sans trop savoir comment gérer ma course que je prends le départ de ces 65km et 5000d+.

Après un départ lent (très lent), je me retrouve au premier ravito (15 km) dans les dernières places (une petite centaine de coureurs derrière moi). Bon il serait temps que je m’affole un peu.

Le parcours est annoncé plus roulant jusqu’au prochain ravitaillement: only 1000d+ en 12km et pas trop de cailloux. Du coup je m’énerve un peu et double 150 personnes, motivée par le fait que Mathias et Emile m’attendent à la pra !

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C’est ici que les difficultés commencent: au programme croix de Belledonne, col de freydane, col de la mine de fer, brèche fendue, col de l’aigleton, col de la vache… de quoi bien amuser !

Les gars me laissent après les lacs (du Doménon), la bonne humeur est là. C’est beau et je me lance tranquillement à l’assaut de la montagne! Tout se passe bien, au refuge Jean Collet je rattrape un copain avec qui j’avais déjà couru au Vigan. On repart ensemble !

Avant le refuge du pas de la coche, on nous annonce le ravito à 6km, profil plutôt descendant. Je me dis chouette, dans 1h c’est bon ! … Je mettrai 2h. La triste réalité est là : je fais à peine du 3km/h…

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Bon tant pis je sais que mon père m’attend et qu’on va finir ensemble!

REFUGE de la coche : Début de la galère !

J’arrive au ravito, celui-ci semble avoir subit les ravages de la guerre, des coureurs sont décimés par-ci, par là… Attention ravito en perdition ! D’ailleurs la première chose que me dit un bénévole quand j’arrive c’est

 Vous voulez abandonner ? On fait un convoi pour redescendre !

What, abandonner ?!? mais non pourquoi ? À ce moment là j’avais envie qu’on me motive pour repartir de plus belle, mais même le père Jacquemet me regarde d’un air déprimé en me disant que la suite va être très dure et très longue ! Conditionnement ou manque de physique, je vais effectivement bien en chier pour la suite du parcours… Il reste 17km et je vais mettre presque 7h !

Dans la remontée au col de l’aigleton, je commence à faiblir. Pas mieux dans la descente, j’avance plus ! Au pied du col de la vache je m’arrête, j’ai plus le moral! Je n’arrive pas à manger et je pense que je fais une bonne hypo. En effet au dernier ravito, il n’y avait pas à manger (coup de gueule). Bref un milliard de coureurs me doublent, je pense a Antoine qui m’attend … le pauvre !

Au col, entre deux ondes de réseau, je lui envoie un message :

J’arrive pas avant 1h ou 2h…

21h : Pendant ce temps là au Pleynet, le sms reçu nous conforte dans notre idée : Alaïs arrivera entre 22h et 23h. Mais à minuit passé, on commence à s’interroger fortement sur le sens exact du message…

Ça sera malheureusement 2h du matin !… Antoine va donc attendre pendant 4 h sans savoir si il doit dormir ou pas !

1h30 : ça commence à aller mieux j’ai réussi à manger ! J’arrive a un peu accélérer, bon c’est un peu tard !

2h : du mat je franchi la ligne d’arrivée ! Et passe le relais (après 20h de course) un peu déçue, à Antoine qui m’attend impatiemment !

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Même déçue par mon chrono, c’est quand même un parcours d’exception en haute montagne, déniv, paysages aérien et caillasses ! Un beau combo de difficultés, mais c’est ce qui fait qu’on a envie d’y retourner !…pour une  revanche ! et à dans quelques années pour faire le parcours intégral 😉

Antoine :

Le départ d’une course est toujours accompagné d’une saveur particulière, d’une sensation d’adrénaline qui circule dans tout ton corps. Et cela est accentué quand tu es deuxième relayeur et que tu ne sais pas exactement à quelle heure ton binôme va arriver…

Nous avions prévu de voir arriver Alaïs autour des 22h30 à la station du Pleynet. Malheureusement, les minutes passent et je ne vois toujours pas arriver ma coéquipière…mais je suis trop bête, nerveux et surexcité pour aller me reposer dans un coin au chaud alors je l’attends à côté de la ligne d’arrivée…et cela jusqu’à 2h00 du matin ! La voilà enfin arriver, je la félicite en la prenant dans mes bras mais ça y est, le chrono tourne et c’est mon tour !

Je pars tranquillement dans la nuit noire en ayant pour point de mire les frontales des coureurs du 144 Solo que je double sans trop de difficultés puisqu’ils ne sont pas aussi frais que moi…et ça fait du bien au moral de doubler plutôt que de se faire doubler ! Une première partie du parcours bien gérée sans dépenser trop d’énergie et me voilà dans l’ascension du col de Moretan, point culminant de ma course, et situé à 2503m. J’ai la chance d’y arriver au levé du soleil ! Je prends quelques minutes pour admirer la vue qui est magnifique et hop, je redescends sur un névé qui est plutôt glissant !

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Première chaleur et premier coup de barre légèrement avant le ravito de Super Collet, mais je sais que Alaïs et Mathias sont là à m’attendre alors ça motive à avancer ! Deux minutes avant mon arrivée, je peux constater le départ des 400 coureurs du 47km…je ne vais plus être seul sur la course ! Au ravito, ma super coéquipière est aux petits soins avec moi et j’en profite pour échanger avec son père, qui est un connaisseur de la course ! J’apprends aussi que j’ai 5 minutes d’avance sur Erwan sur ce début de course. En repartant, j’ai la chance de pouvoir être accompagné de Mathias sur une montée de 400mD+ et ça fait vraiment du bien à tes jambes et à ton moral de pouvoir échanger avec ton pote !

Ça y est, la chaleur caniculaire s’installe sur la course et je m’arrête ainsi à chaque rivière pour me mouiller la tête…Il faut alors penser à bien gérer son eau avant le ravito de Val pelouse qui est encore à quelques heures…Je croise mes parents au Col d’Arpingon qui me redonnent de l’énergie car mes jambes commencent à être lourdes.

A Val Pelouse, Alaïs et Mathias m’apprennent que Erwan a désormais 20 minutes d’avance sur moi…et que je ne vais sûrement pas pouvoir atteindre mon objectif de finir ma course en dessous des 20h00… Aïe, il va falloir que je force sur cette dernière partie de course…Peu après le ravito, Mathias et moi nous faisons doubler par le premier solo du 84km qui n’est autre que Antoine GUILLON, le champion du monde d’ultra trail…Pas de bâtons, un sac ultra léger et à peine 1l d’eau, il est vraiment impressionnant ! Allez, je le suis ! Bon non en fait, il court en montée, je ne sais pas faire ça moi…

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Je ne pense plus à m’économiser sur cette dernière partie de course et je donne tout dans les descentes, aïe les genoux…J’arrive alors au dernier ravito avant l’arrivée. Alaïs et son père me confirment que j’ai augmenté mon rythme de course et que ça va pouvoir rentrer dans les 20h00 ! Coooool ! Allez, plus qu’une dizaine de bornes avec une montée de 400mD+ et une longue descente pour une fois « roulante »…Je donne tout sur cette dernière partie et j’entends le tonnerre gronder progressivement…15minutes avant l’arrivée, la nuit tombe et une énorme averse me tombe dessus ! Fais chier, je dois ressortir ma frontale pour quelques minutes de course ! Après quelques glissades dans des chemins boueux, j’arrive enfin à Aiguebelle et je retrouve une nouvelle foi sur la ligne d’arrivée Alaïs et Mathias, qui auront été très précieux pour moi durant cette course…

Au final, je mets 18h52min47sec ! On finit ainsi 5ème relais de l’Echapée Belle et 2ème équipe mixte ! Et crème sur le gâteau, je mets 3min43sec à Erwan (ce qui n’est rien sur 19h00 de course…)

Ce fut une superbe expérience, avec un parcours très technique mais magnifique et très bien organisé ! Merci à l’Echappée Belle !! Et un énorme merci à ma coéquipière Alaïs et à Mathias !

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Erwan :

Sachant qu’Antoine court sur la même section que moi, l’objectif est clair : il faut mettre la branlée à ce petit prétentieux ! Départ 4h après lui, à 6h du mat. J’aurais l’avantage du jour sur le début de course, plus le petit plaisir de ne pas partir après une nuit blanche dans les pattes (c’est toujours ça, hehe!).

Je pars en queue de peloton, parce qu’à priori j’ai largement le temps de crever sur le reste de la course, et je fais chauffer le moteur diesel sans forcer. Ça bouchonne pas mal sur le début de course en descente et la montée en lacet qui suit. Tant mieux, ça me force à rester tranquille. Le premier ravitaillement arrive vite et je ne m’attarde pas. De toute manière pas de risque d’hypo vu la variété de barres que je charrie. Le roadbook plié dans ma poche (plus loin surnommé « le torchon ») m’indique que j’attaque la montée du col Moretan. C’est LE gros raidart de l’épreuve.

J’essaie de me faire des copains dans la montée mais plus on discute et plus ils ralentissent, du coup j’abandonne le côté social pour me concentrer sur mes pieds. La montée dans les blocs est très raide et bien technique. Autrement dit, le terrain me va bien. Je double beaucoup de monde dans la montée, et arrive encore bien frais au Col Moretan. À ce moment j’espère qu’Antoine a pu voir ça de jour, parce que le panorama est exceptionnel, et surtout parce que ça voudrait dire qu’il est pas plus rapide que moi (hehe!). La descente qui suit est aussi raide que la montée, avec de la neige en plus. L’orga a mis des cordes pour faire perdre du temps à ceux qui veulent, d’ailleurs je vois pas pourquoi il faudrait … ZIP : sur le cul. Pas de bobos et je rigole tout seul, ça m’apprendra à péter plus haut que l’herbe. Je continue à doubler du monde, c’est toujours aussi beau et je me sens toujours aussi frais. Ça s’annonce bien pour la suite !

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Pas le temps de lambiner au ravito de la descente du col (excepté le temps toujours aussi long pour fermer mon cammel bag au top de l’ergonomie) et j’enquille donc sur la suite, direction Super Collet. Pour une fois la descente est roulante, et les raidillons suivant arrivent vite. Le raid-book devenu torchon recrache dans son dernier soupir baveux que c’est une montée « très raide et sans interêt ».

Pas de mensonge de la part de l’orga, on monte sur une autoroute à sanglier, en plein cagnard. Je devient tout de suite moins fringuant, et suis bien content de trouver des petits ruisseaux pour me rincer la cocotte minute.

J’ai encore fini mon cammel plus vite que prévu (12L sur les 8 premières heures, quand même!) et j’ai bien envie d’arriver à Super Collet. Je vois finalement la station et les autres mollets venus m’encourager avant d’aller se faire cuire à petit feu dans les termes d’Allevard. Ça fait plaisir, et pour une fois c’est pas moi qui devrait fermer ce cammel bag pourri (hehe!). Évidemment, dès que j’arrive, je demande le temps d’Antoine. Bilan je pointe uniquement 2 minutes derrière lui à l’entrée du ravito !! Ça me boost et je repars dès que j’ai finis ma soupe, pour récupérer d’entrée de jeu les 2 minutes (hehe!). Hugo m’accompagne un moment, et me pousse à m’accrocher à trois coureurs juste devant (attention, on ne parle pas ici de s’accrocher littéralement, ce serait mal vu).

14352179_345163515822962_3985378678800146778_o Je crachote un peu et les laisse partir en montée pour finalement doubler tout ce petit monde sur la descente suivante, menant au refuge des Férices. Quatre litres d’eau plus tard j’arrive au ravito de Val pelouse par la descente venant des férices, en assez bon état (la descente, mais moi aussi bizarrement). Mathias fait tranquillement la sieste dans l’herbe. Il ne m’attendait pas si tôt, puisque je pointe ici 15min devant Antoine (hehe!).

J’essaie encore de gratter du temps sur le ravito, et Mathias m’accompagne sur la crête qui suit. C’est bien agréable de faire un bout de chemin avec un mollet, d’autant que la nuit ne va pas tarder à tomber, et que c’est pas la meilleure partie qui s’annonce. Le temps à tourné, et l’orage menace. Au final ça claque fort quand je suis en plein sur les crêtes du Chat, je maudis l’orga qui n’a pas prévu de parcours de replis, et barquasse un peu dans les buissons pour éviter de m’exposer en plein sur la crête. Évidemment je monte dans les tours pour limiter mon rôle de paratonnerre, avec toujours le temps d’Antoine en tête : 3h40 sur la section. J’en rajoute une petite couche dans la descente, même si le dénivelé négatif commence à bien me saouler, et TADAAAAM, j’ai encore collé 10min au temps de notre champion de la mode. Cette fois c’est gagné, plus qu’une section de 13km, avec une courte montée de 400m et une descente interminable, et le lion aura écrasé le cafard. Tout rentre dans l’ordre en somme.

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Après Val Pelouse

Histoire de graver les pronostics, je me rentre bien dans l’oignon dans la montée super boueuse, et encourage les zombies du 160 qui semblent à bout. J’ai encore dû mettre du temps à Antoine dans cette montée, et suis sûr d’arriver devant. La descente est extrêmement longue, et par manque d’envie d’investir dans une prothèse de genou, je marche beaucoup plus que ce que je cours, en plus le sol est pas palpable, ça glisse fort. Je laisse même 3 coureurs du 85 me doubler sans vraiment me forcer à les suivre. L’arrivée à Aiguebelle se profile, et je sonne enfin la cloche des finishers ! Bilan: 37ème en 18h56, soit… ROHHHH. C’est la section qui fait déborder le vase de celui qui croyait prendre et plutôt deux fois qu’une. 3min de plus qu’Antoine au général… Chapeau bas à l’artiste, il s’est donné à fond dans la descente et a remonté toute mon avance,  je pars à la douche tout doucement, bien content d’avoir joué la course au coude à coude avec un mollet pas frileux de la descente ! Super expérience en tout cas, et j’essaie sur la route du retour de relater tout ça à Mathias, en m’endormant 6 fois tout de même. Un grand merci à lui pour le suivi et le soutien sur la course, à défaut d’avoir pu courir avec nous !!

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