On a fait Lamoura-Mouthe !

Chez les mollets il existe différentes sensibilités à la pratique du ski nordique. D’un côté on trouve les fondus, qui vont jusqu’à s’infliger à répétition la sortie nocturne du jeudi soir au Col de Porte, souvent face aux éléments déchaînés (flocons dans les yeux, fraîche dans les chaussures, culbute par delà des murs de neige invisibles). Mais une petite ouverture de capot sur des lattes de 45 mm, ils aiment bien ça! De l’autre, un petit groupe d’irréductibles résiste encore et toujours à ce plaisir à coup de « dommage j’ai poney le jeudi soir ».

Pour les amoureux du nordique, s’il y a une course à cocher dans sa vie, c’est bien la Transjurassienne: 68 km entre Lamoura (Jura) et Mouthe (Doubs), la plus longue course populaire de fond en France. Après plusieurs années « vertes » (parcours de repli voire annulation), c’était début Février 2019 un retour au parcours nominal à travers les villages et forêts du massif, et ces passages mythiques. L’année ou jamais donc!

Avant course

  • La dégustation de fondue lors du retrait des dossards. « L’affinage 18 mois tu le trouves comment? Pas mal, mais ça vaut pas le 24 »
  • La réquisition des services de prévision météo: pleuvra? pleuvra pas?
  • Le fartage millimétrique des lattes.

KM 0

Depuis le fond du sas 1, acquis à la sueur du front ces dernières années ou au marché noir ces derniers jours, Hugo et moi nous imprégnons de l’ambiance de la combe du lac, skis à la main. Il est 8h30, la pluie est annoncée pour l’après midi, et un fort vent de dos va nous pousser vers Mouthe. Ça semble optimiste, mais on peut rêver d’arriver sec au bout!

Le départ est donné pour les lignes élites et notre sas ouvre dans la foulée. Lola, restée sur le côté pour voir le départ, comprend que les sas vont s’ouvrir très vite et file rejoindre le sien. Un « départ de vieux » donc pour nous, loin dans la file, mais la course est longue. On chausse, c’est parti 🙂

KM 5

On a beau être dans la première moitié des 2000 furieux qui s’élancent ce jour là, on comprend vite qu’il faudra être patient, car des bouchons apparaissent dès les premiers coups de cul. Il faut être malin pour se faufiler et ne pas remettre trop les gaz en haut des bosses lorsque l’élastique se tend. Malgré cela, on va tous parcourir les 30 premiers km à une grosse allure.

KM 20

Passage dans les premiers villages (Prémanon, Les Rousses) avec toujours une super ambiance. On passe la montée de l’Opticien au ralenti, arrêtés par la file indienne et le gros raidar. On pourrait presque discuter avec les spectateurs, qui peuvent facilement engager la conversation puisque notre prénom et écrit en grosses lettres sur notre dossard. Puis, sorti des Rousses, plus un bruit à part celui du vent, je me retrouve seul pour pousser jusqu’à Bois d’Amont, sur la frontière Suisse.

KM 35

L’échauffement est maintenant terminé et les choses sérieuses commencent: la montée du Risoux! Le public est massé dans les premiers lacets et nous encourage les uns après les autres à coup de « Allez FIFI » ou d’énormes cloches. Ensuite c’est une portion difficile où il faut relancer sans cesse. Le souffle se fait court et les mollets durs. Enfin, on peut se relâcher un peu avec la descente sur Bellefontaine! Mais pas trop, car certains virages sont piégeux, et plus d’un sont partis dans le décor ici.

KM 42

Ravito de Bellefontaine. On a déjà bouclé un marathon, mais il reste encore un bon bout de chemin. Pas mal d’infos s’entremêlent à cet endroit :

  • Je crois comprendre qu’une des autres courses est annulée (le 48 km) à cause du vent sur le Risoux qui va forcir. Pfiou pour moi c’est passé.
  • Le speaker commente en direct l’arrivée des premiers à Mouthe 26 km plus loin, un monde quoi…
  • Les premières gouttes de pluie font leur apparition et un espèce de nuage bien noir débarque à toute allure.
  • Hugo me rattrape, décontracté, en tshirt.

KM 50

J’essaye de me refaire une santé sur les différents ravito. Le Risoux m’a mis un peu dans le dur, Hugo m’a irrémédiablement lâché, et j’ai du mal à poser mon ski sur la neige qui commence à ressembler à un champ de patates. Le vent à forci si bien qu’il vaut mieux faire les schuss droit comme un I, les bras bien écartés.

Je me fais rattraper par un coureur handisport (champion paralympique de descente, je l’apprendrai par la suite) qui n’a plus qu’un bras pour pousser. Gros respect, ça me rebooste. La montée de la Célestine arrive alors, juge de paix de la course. Je passe au courage et lance mes dernières forces dans la bataille.

KM 62

Je pose le cul à terre dans la descente sur Chaux Neuve. Pourtant je la connais bien pour être passé l’an dernier, mais les bourrelets de neige ne pardonnent rien à mes jambes fatiguées. Hugo a fait la même acrobatie quelques minutes avant moi. La pluie s’intensifie un peu et le demi-tour sous le tremplin, plein vent de face est bien difficile.

Je ne sais plus trop combien il reste de km avant l’arrivée car les panneaux en bord de piste indiquent des infos incohérentes… Soudain, alors que l’on passe entre deux maisons, un petit groupe nous encourage comme jamais: cloche à la main, debout sur des bottes de pailles, c’est comme si ils nous connaissaient tous 🙂

Alors que la piste commence à être sérieusement détériorée, je vois au loin la banderole d’arrivée. En un peu plus de 4h10, chrono qu’il sera bien difficile de battre lorsque la bise glaciale soufflera en sens inverse, je boucle cette Transju, quelques minutes après Hugo. Lola nous rejoint une heure plus tard, alors que la pluie a redoublé et que le vent fait trembler l’énorme chapiteau d’arrivée…

https://www.facebook.com/plugins/video.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FLaTransju%2Fvideos%2F244270153167285%2F&show_text=0&width=560

Après course

Il est 17h. Après 2h de retour en bus sous les gros flocons, c’est l’heure de la fondue de récupération 😉


En résumé, une course mythique pour son tracé, son ambiance et les conditions météo toujours très « particulières » 😆

Niveau impact, je reste quand même un peu sceptique: 4000 coureurs sur le weekend, passage en zone sensibles, fart ultra-fluoré sous les spatules, déchets sur le parcours… En tant que participants, nous sommes les premiers acteurs, et responsables de notre approche de la pratique du sport en pleine nature. Comme pour les plus grosses courses de trail, on peut se demander si ça ne tourne pas à la démesure? Le débat est lancé…

Allez, le printemps pointe le bout de son nez, à bientôt sur les sentiers!

Mat’

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